Je ne vais pas vous enduire d'erreur plus longtemps et vous l'avoue sans complexe :
Je n'aime pas les agents immobiliers.
Mon aversion grandissante pour cette caste encostumée remonte à la nuit des temps.
Car si la nuit détend, l'agent immobilier, lui, il crispe comme une chanson de Raphaël aphonisant dans un vieux poste de bagnole meuglant en mono.
Faut dire que les pratiques actuelles de ces braves gens, très tendances, à la mode quoi, si vous avez un bien immobilier à vendre, sont d'une honnêteté souvent douteuse.
Je fais pour le moment fi de mes expériences passées en la matière et vais plutôt vous conter le gag de lundi dernier.
Donc, j'habite une petite maison agréablement campée entre les champs de maïs et de tournesols surplombant la Garonne ; magnifique fleuve aquitain qui draine toute une faune aquatique génétiquement modifiée par les eaux cristallines déversées par la centrale nucléaire située, comme Marcel, en amont.
On y trouve notamment des poissons chats à la fourrure soyeuse qui se nourrissent de rats fluo à huit pattes et des poulpes d'eau douce se délectant de sacs plastiques piégés dans les caddies finissant là leur carrière.
Donc, hier soir, alors que je subissais la vue de popotins star académien qui se tortillaient pour le plus grand plaisir de la gamine, le téléphone se réveilla :
- Bonsoir. Parlez, c'est vous qui payez.
- Heu... bonsoir. Je suis bien chez monsieur Pierrot ?
- (oups...) Exact ! A qui ai-je l'honneur ?
- Voilà, je suis monsieur Dupont de l'agence immobilière L'Igloo Aquitain. Je me permets de vous déranger car je suis passé devant chez vous cet après midi et j'ai vu votre maison. Auriez vous un instant à m'accorder ?
- Oui, mais pas longtemps. Dès que ces demeurés de la Star Ac' finissent de brailler, y'a "A prendre ou a laisser" avec mon banquier préféré qui commence. Que me vaut l'honneur, donc ?
- Et bien il se trouve que j'ai des clients qui sont à la recherche d'une maison comme la votre. Et, si vous aviez l'intention de vendre, j'aurai sans doute une excellente proposition à vous faire.
- Hmmm... Et qu'appelez- vous une "excellente proposition" ?
- Et bien, il faut voir... J'ai vu qu'il y avait un garage fermé... De combien de chambre disposez vous ?
- 4.
- Vu la situation de votre maison, j'estime qu'il est raisonnable de commencer à la mettre à 320 000 euros, ce qui fait 290 000 nets pour vous.
- 290 ? Je crois que je vais me débrouiller à la vendre tout seul pour 320. Après tout, avec les possibilités de contact qu'offre internet et la fréquentation grandissante des sites d'annonces, j'ai de quoi me priver du luxe des services d'une agence qui me coûterait 30000 euros.
- Mais les frais d'agence sont à la charge de l'acheteur !
- Oui, mais ils ne sont pas dans ma poche.
- Ecoutez... je suis prêt à vous en offrir 300 000.
- Sans négocier ?
- Et bien, je vous propose de vous rencontrer comme ça je pourrai voir la maison et affiner mon offre.
- Si vous voulez. Mais je ne vous donnerai pas l'exclusivité, même si le prix que vous estimez dépasse mes espérances. Recontactez moi demain à la même heure. J'aurai eut le temps de réfléchir à tout ça et nous fixerons peut-être un rendez-vous.
- Parfait. Donc demain à la même heure. Bonne soirée monsieur.
- Bonsoir.
Donc, nous sommes mardi soir.
Il est 18h30.
Ne me demandez pas qui est ce "il", j'en ai pas la moindre idée ; il change tout le temps.
Le téléphone sonne.
M. Dupont de l'agence immobilière "L'Igloo Aquitain" est à l'autre bout du fil.
- Bonsoir monsieur Pierrot, comment allez vous depuis hier soir ?
- Bonsoir. Pareil : J'attends le banquier d'"A prendre ou à laisser" avec une impatience non contenue. Alors, où en sommes nous ?
- Et bien... quand pouvons nous nous voir pour visiter cette maison ?
- Samedi si vous voulez. Mais avant tout, je voudrai régler un petit détail avec vous concernant la commission.
- Oui ? Quel petit détail ?
- Et bien : Ma commission.
- Votre commission ?
- Ben oui ! MA commission. Je suis apporteur d'affaire dans cette opération et de ce fait je prends 10% des frais de votre agence.
- Vous voulez rire monsieur Pierrot... on ne pratique pas de dessous de table de la sorte lorsqu'on négocie un bien immobilier.
- Je ne vous parle pas de dessous de table monsieur Dupont. Je vous parle de ma commission en qualité d'apporteur d'affaire ; nuance ! Je fais en sorte que vous ayez le contrat de vente de la maison et lorsque vous l'avez vendu vous me versez 10% de votre commission. C'est honnête non ?
- Mais jamais je n'ai entendu une telle proposition !
- Ben y'a un début à tout ! Et tout travail mérite salaire ! Moi, il faut que je convainque le propriétaire de vendre et faire en sorte qu'il signe votre contrat.
- Comment... le propriétaire ?!?
- Ben oui. Moi, ici, je suis locataire. Alors, si vous voulez un coup de main... c'est 10%.
- Heu... au revoir monsieur.
Ils n'ont franchement pas le sens des affaires ces agents immobiliers...
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